L'environnement, l'effroi et les profits.
| Si tous les humains avaient le niveau de consommation des terriens les plus riches, la planète pourrait à peine subvenir aux besoins de 600 millions de personnes ! |
C'est sans doute le travail inlassable d'alerte conduit par les organisations écologistes, sur la base de rapports scientifiques, en particulier les penseurs et fondateurs de l'écologie moderne, regroupés sous le nom de Club de Rome qui publièrent en 1970 un retentissant rapport qui allait réveiller les consciences. (Halte à la croissance ? Rapports sur les limites de la croissance, 1972 Fayard).
Ces informations ne semblent avoir produit un salutaire choc collectif que récemment, grâce en particulier au film d'Al Gore, Une vérité qui dérange. L'ancien vice-président nous a rappelé que l'accumulation des gaz à effet de serre pourrait entraîner un réchauffement de 1 à 2 degrés celsius de la température moyenne de la planète et une élévation de 0,2 à 1,5 mètre du niveau des océans. Le dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre, est responsable à 65 % du réchauffement climatique. Or, avec l'apport de géants comme la Chine ou l'Inde, le CO2 augmente chaque année d'environ 8 milliards de tonnes.
L' ampleur et la durée futures de la hausse des températures seront fonction des quantités de gaz à effet de serre que nous continuerons à émettre, les perturbations climatiques étant d'autant plus prononcées que la température s'élève. Et cela s'accompagne d'une fréquence et d'une violence accrues des phènomènes météorologiques extrêmes (tempêtes, déluges, cyclones, canicules, sécheresses, désertifications etc.), ainsi que d'un progressif dérèglement climatique étendu à toute la planète. Si les émissions de gaz à effet de serre ne prennent pas fin, les désastres pourraient être d'une extraordinaire gravité.
La conférence de Berlin sur le climat en 1995, a souligné l'idée que le marché n'est pas en mesure de répondre aux risques globaux pesant sur l'environnement. Protéger la biodiversité, la variété de la vie par le développement durable est désormais un impératif. Les pays riches (et notamment les Etats-Unis, responsables de la moitié des émissions de gaz carbonique des pays industriels) sont tenus de respecter les engagements souscrits au sommet de la Terre de Rio, en 1992.
Le retournement de l'opinion publique, effrayée par la multiplication des catastrophes naturelles, pousse les gouvernements, même les plus réticents, à miser sur les solutions énergétiques de rechange. D'autant que la fin des hydrocarbures apparaît inéluctable et que les Etats riches, pour des raisons politiques et non écologiques, voudraient réduire leur dépendance énergétique à l'égard de grands pays pétroliers comme la Russie, l'Iran, l'Irak ou le Vénézuela.
Le contexte est donc propice à un changement de modèle énergétique que les industriels du Nord semblent avoir perçu, et qui, avec la perspective de formidables profits, permet d'enclencher un nouveau cycle économique, celui de l'économie verte.
| La hausse de la demande mondiale d'agrocarburants nécessitera d'augmenter de 20 à 30 % les surfaces cultivées. Ce qui ne se peut pas, sauf à provoquer des déforestations effrayantes en Amazonie ou dans le bassin du Congo... |
L'environnement en sortira-t-il gagnant ? Ce n'est pas sûr, car déjà on annonce la construction de centaines de nouvelles centrales nucléaires, certes peu productrices de CO2, mais porteuses d'autres dangers non moins mortels.
Le pari aussi des agrocarburants, bien accueillis dans un premier temps, comence à révéler des effets pervers. D'abord, ils vont permettre, en toute bonne conscience, de maintenir, voire d'intensifier, le néfaste modèle du "tout voiture" ou du "tout camion" au prétexteque les véhicules pollueront moins. Ensuite, ils enclenchent une spéculation effrénée sur des produits alimentaires de base comme le sucre ou le maïs, qui servent à produire de l'étanol. Les prix du blé et de l'orge ont déja augmenté de 70 à 80 % en moins d'un an, et ceux du maïs ont doublé. La hausse de la demande mondiale d'agrocarburants nécessitera d'augmenter de 20 à 30 % les surfaces cultivées. Ce qui ne se peut pas, sauf à provoquer des déforestations effrayantes en Amazonie ou dans le bassin du Congo...
Comme vous pourrez le constater à la lecture de cette partie environnement, changer de modèle énergétique sans modifier le modèle économique risque de seulement déplacer les problèmes écologiques. Mais désormais l'opinion publique veille. Et finira par imposer de vraies solutions vertes.
Sources : Le Monde diplomatique
